SIDI EL HOUARI : Un quartier-mémoire d’Oran totalement oublié

Que sont devenus les cris d’alerte lancés depuis des années par l’association « Santé Sidi El Houari », un véritable cri d’alarme toujours d’actualité de nos jours, devant la situation catastrophique dans laquelle se trouve ce quartier mythique de la ville d’Oran. « La sauvegarde de ce quartier historique, cœur de la capitale de l’ouest du pays, doit être une priorité et une préoccupation continue des pouvoirs publics », ont estimé de nombreuses voix dont celles des associations locales qui n’ont toujours pas eu d’échos.

La sauvegarde du centre historique, culturel d’Oran et de toute la région, doit être une priorité et une nécessité, car ce quartier renferme, la mémoire de l’ouest du pays et de l’Algérie en général, « nous retrouvons des vestiges de l’époque préhistorique jusqu’à aujourd’hui en passant par toutes les civilisations ».

Noyau principal de la ville d’Oran, ce site abrite plusieurs sites archéologiques attirant des touristes dont 70 monuments non classés, 14 autres classés monuments nationaux témoignant de plusieurs époques historiques qu’a connues la capitale de l’ouest algérien. Toutefois, l’état des lieux est lamentable: des joyaux architecturaux du 19ème siècle s’effritent et risquent de s’effondrer à tout moment, des écoles l’hôpital Baudens complètement abandonné et pillé, la place de la perle (ex place la Blanca) à partir de laquelle Sidi El Houari a été construit, se trouve dans une situation déplorable. « C’est vraiment désolant. Nous recevons des délégations étrangères tout au long de l’année. Les étrangers nous demandent pourquoi toutes ces richesses sont délaissées. Nous ne savons quoi leur répondre », souligne le même intervenant.

Du site « Scalera », premier quartier d’Oran construit en 1509, seules quelques maisons ont « survécu » à la vague des démolitions entreprise dans les années 70/80. « Edderb », site édifié sous le règne du Bey Mohamed El Kebir, a failli, lui aussi, être complètement rasé. « Ce sont des pans entiers de l’histoire qui partent dans l’indifférence la plus totale », déplore le même interlocuteur. Sidi El Houari se dépeuple. Ses habitants sont relogés ailleurs, dans des cités-dortoirs, déshumanisées. Ils se sentent coupés de leurs racines et ne peuvent reproduire dans leurs nouveaux sites d’habitation les valeurs d’entraide, de fraternité et de solidarité, bien ancrées jadis chez les familles oranaises.

Au boulevard Stalingrad, des immeubles entiers sont vidés de leurs occupants. Les portes d’accès murés. Les glissements de terrain se multiplient à l’exemple de la rue des jardins, fermée à la circulation automobile depuis plus de deux années. Les dégâts causés par les cours d’eau souterrains traversant la ville, comme Oued Rouina et Oud R’hi, commencent à paraître à l’œil nue. « C’est une situation inacceptable », s’insurge le Dr Briksi, ajoutant que les plus hautes autorités de la wilaya d’Oran sont conscientes de la situation.

« Les déclarations sont là, mais cette volonté politique doit être suivie par la mise en place d’instruments opérationnels pour préserver Sidi El houari », a-t-il ajouté, appelant à la mise en place d’ »une cellule de crise » pour discuter de la situation et trouver les solutions adéquates. « Nous devons mettre en place un organe exceptionnel avec des moyens exceptionnels pour préserver ce qui reste du quartier et restaurer ce qui est à restaurer », préconise-t-il, en estimant « impérative » une implication de tous, les autorités locales, les associations, les comités de quartiers, les universitaires, historiens et même les citoyens. « La volonté citoyenne est là. Tout le monde veut sauver Sidi El Houari », souligne le même responsable.

De son côté, un autre oranais issu du mouvement associatif, souligne également l’état désastreux de certains sites. « Des bâtisses magnifiques pouvant être des sites touristiques par excellence se trouvent dans un état déplorable. C’est le cas de Ksar el Aâricha, où le jeune Emir Abdelkader a vécu quatre années durant avec son père Hadj Mahieddine, ou encore de la mosquée de Sidi Mohamed El kebir, dont le minaret est un monument classé, est affectée par des fissures de plus de 30 centimètres de large », explique-t-il. Haoues Belmaloufi souligne le rôle que joue l’association en matière d’éducation des jeunes pour tout ce qui est patrimoine et sa préservation. « Les jeunes sont jaloux de leur patrimoine. Ils sont avides de connaître leur culture et leur identité. Cette prise de conscience est déjà un pas vers la préservation et la sauvegarde de ce patrimoine », commente-t-il.

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