Les massacres du 17 octobre 1961 à Paris, un « crime d’Etat contre l’humanité »

L’historien et politologue français, Olivier Le Cour Grandmaison, a qualifié les massacres perpétrés le 17 octobre 1961 à Paris contre des manifestants algériens pacifiques de « crime d’Etat contre l’humanité », commis en vertu d’un « plan concerté » à l’encontre de civils qui furent « torturés et sommairement exécutés ».

« Ce qui a été perpétré alors est bien un crime d’Etat », a affirmé M. Le Cour Grandmaison dans un entretien à l’APS, relevant que « la question désormais est moins celle de la connaissance de ces que celle de la reconnaissance des crimes d’Etat commis alors ».

S’exprimant en sa qualité de docteur en sciences politiques et enseignant dans cette discipline à l’université et aussi auteur de plusieurs ouvrages sur la colonisation française, historien et politologue, il a rappelé que « des contemporains, comme l’historien Pierre Vidal-Naquet et Paul Thibaud, dans le numéro de Vérité-Liberté de novembre 1961, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, entre autres, de la revue Les Temps modernes, avaient déjà une connaissance précise de ce qu’il s’était passé au mois d’octobre 1961 en général et lors de la soirée du 17 octobre en particulier ».

L’universitaire a fait savoir que ces contemporains savaient que « plusieurs centaines d’Algériens avaient été tués et ils n’hésitaient pas, contrairement à certains aujourd’hui, à qualifier les faits de +massacres+ perpétrés dans le cadre d’une +terreur d’Etat+ mise en œuvre en Algérie et à Paris ».

Il a ajouté que la regrettée Nicole Dreyfus, avocate des militants du FLN, estimait « qu’il s’agissait, conformément à l’article 212-1 du Code pénal, d’un crime contre l’humanité exécuté en vertu d’un plan concerté à l’encontre de civils qui furent torturés, exécutés sommairement, noyés et parfois soumis à la disparition forcée ».

En ce sens, M. Le Cour Grandmaison a fait observer qu’à l’occasion du 60ème anniversaire de ces massacres, « ceux-ci doivent être enfin qualifiés de façon précise par le président de la République, et l’Etat, responsable et coupable, nommé comme tel », ajoutant que « cela vaut aussi pour le préfet de police, Maurice Papon, et ses supérieurs hiérarchiques, le ministre de l’Intérieur, Roger Frey, et le premier ministre, Michel Debré ».

S’exprimant sur les raisons qui empêchent la réconciliation des Mémoires entre l’Algérie et la France, il a estimé que « l’un des obstacles majeurs est le refus des chefs d’Etat français, qu’ils soient de droite ou de gauche, de reconnaître les crimes commis au cours de la colonisation de l’Algérie à partir du moment où les colonnes infernales du général Bugeaud se sont abattues sur cette colonie ».

Il a rappelé que « de nombreux crimes de guerre et crimes contre l’humanité ont été commis », soulignant à cet égard que « les massacres du 17 octobre 1961 prouvent que les techniques de la guerre contre-révolutionnaire n’ont pas été seulement mises en œuvre de l’autre côté de la Méditerranée, mais aussi dans la région parisienne et dans la capitale ».

« A preuve, la torture, les disparitions forcées et les exécutions sommaires. Il est temps que l’Etat français reconnaisse enfin ses responsabilités, comme de nombreux pays (Allemagne, Grande-Bretagne, Canada, Nouvelle-Zélande, Australie, Etats-Unis).., l’ont fait », a-t-il indiqué avant de faire observer que dans ce domaine, « les autorités françaises se distinguent par une pusillanimité scandaleuse et inacceptable ».

Macron veut courtiser l’électorat de la droite

Cette année, la commémoration de ces massacres coïncide aussi avec les propos tenus par le Président français Emmanuel Macron sur l’Algérie. A cet effet, cet historien et politologue a relevé que « chacun peut le constater, Emmanuel Macron est en campagne pour sa réélection dans un contexte de radicalisation des droites de gouvernement qui cèdent toutes aux violents

discours racistes, xénophobes et islamophobes d’Eric Zemmour, sans oublier le Rassemblement national ».

Pour M. Le Cour Grandmaison, « les propos de Macron sont liés à cette conjoncture et à sa volonté de courtiser un électorat de droite dont il a absolument besoin », estimant que le président français « est prêt à assumer une dégradation conjoncturelle des relations avec l’Algérie si cela lui permet de conforter sa position de leader dans la compétition électorale en cours ».

A une question sur l’impact négatif des propos de Macron sur les relations de partenariat privilégié que l’Algérie et la France veulent bâtir, il a rétorqué : « je dirai plutôt qu’en bon opportuniste, Macron se plie au sinistre air du temps politique qui est celui de la France ».

« Pour lui, comme pour beaucoup d’autres, lutter contre les extrêmes-droites consiste désormais, depuis longtemps hélas, à reprendre certains de leurs thèmes en les recyclant dans un verbiage républicain jugé plus présentable », a-t-il indiqué, relevant que « l’ensemble est maintenant désigné par un vocable très en vogue, celui de +régalien+ qui inclut évidemment les questions sécuritaires ».

Pour cet universitaire, « ce vocable truffe les discours de ceux qui soutiennent la majorité présidentielle et qui cherchent à passer pour sérieux, responsables et à l’écoute des Français, comme ils disent ». « C’est ainsi que ces thèmes se trouvent aujourd’hui au plus haut de l’agenda politique de nombreux candidats à l’élection présidentielle », a-t-il conclu.

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