En hommage à Yacef Saadi, le documentaire « Mains libres » présenté à Alger

Le documentaire « Mains Libres », une « fresque sur l’Algérie d’avant et après 1962, a été présenté jeudi à la Cinémathèque d’Alger, en hommage au grand révolutionnaire récemment disparu, Yacef Saadi, 56 ans après la date de son unique projection en août 1965 à la salle de cinéma « Afrique ».

D’une durée de 26 mn, « Mains Libres » film inédit, réalisé par l’Italien Ennio Lorenzini, assisté par le cinéaste algérien Mohamed Zinet, est l’un des quatre films produits par la société « Casbah film », créée en 1964 par Yacef Saadi, également auteur de « La bataille d’Alger », ouvrage en trois tomes, adapté en film au titre éponyme, sorti sur les écrans sous le même label de production.

Casbah Films qui avait prévu d’introduire le long métrage, « La Bataille d’Alger » de Gillo Pontecorvo par un documentaire montrant l’Algérie d’hier recouvrant sa souveraineté et se projetant vers l’avenir, avait confié cette tâche au grand réalisateur italien qui suggérera le nom de son compatriote Ennio Lorenzini pour la direction technique et artistique de « Mains libres », un documentaire qui connaitra vite le succès, avant de disparaitre des rayons de la cinémathèque algérienne.

Ce document historique a depuis, été retrouvé, restauré et numérisé par les bons soins du Centre Algérien de la Cinématographie (CAC), avant de programmer sa deuxième projection, après plus d’un demi-siècle, lors de l’hommage rendu à Yacef Saadi, qui a vu également la diffusion de deux films sur « La Bataille d’Alger », révélant les coulisses de ce chef d’œuvre cinématographique et montrant le film, dans sa version finale sortie sur les écrans.

« Mains libres » tente de faire revivre la culture nationale et décrire l’Algérie postindépendance, portée par le souci de se redécouvrir et se récupérer après tant de décennies d’oubli et d’obscurantisme, qui ont poussé à la résiliation, faisant sentir le foyer d’une lutte entre des forces contradictoires, d’où surgira un être neuf, dont l’équilibre sera à la mesure des exigences des temps nouveaux.

Pour exprimer cette période de recherche fébrile, de tâtonnements et d’essais multiples, tous les moyens sont bons, le théâtre, le roman, la poésie, la musique, le chant et le cinéma notamment, cette langue nouvelle à la dimension du siècle et de ses mutations qui déclinera « Mains libres » en quatre volets: « Mer et désert », « La lutte », « La terre » et « La Liberté ».

Documentaire historique de style et de ton modernes, « Mains libres », raconte, à coups de flashes, plusieurs épisodes de l’Algérie en lutte et durant ses premières années d’indépendance.

Premier film algérien en couleurs, réalisé avec la collaboration de techniciens italiens, le documentaire nous fait revivre le passé pour mieux bâtir le présent et se préparer à construire l’avenir, ce sont les images de la « certitude justifiée », le visage d’un peuple libéré qui construit une vie nouvelle, ce sont les « Mains libres » de l’Algérie qui édifie un monde nouveau, le monde de l’homme libre.

Après l’indépendance, Yacef Saadi abandonne les armes pour prendre la caméra et lancer la première société de production algérienne de cinéma, « Casbah Films » qui produira quatre films qui resteront des chefs d’œuvres de la cinématographie algérienne : « Mains libres » (1964), « La bataille d’Alger » (1964 – premier film algérien primé à l’international du Lion d’or à Venise), « L’étranger » (1968 – adapté du roman d’Albert Camus, réalisé par Luchino Visconti et interprété par Marcello Mastroianni), et « Trois pistolets pour César », (premier et unique western africain et arabe).

Avant la fermeture de la société de production « Casbah film », Yacef Saadi avait cédé gratuitement à l’Office national pour le commerce et l’industrie cinématographique (ONCIC) tous les équipements et matériel de tournage, caméras 35mm, lumières et autres machines.

Le moudjahid Yacef Saadi est décédé le 10 septembre dernier à Alger à l’âge de 93 ans.

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