D’UNE RIVE A L’AUTRE: LES COLONS RETARDATAIRES

Monsieur Driencourt, auriez-vous vu une montagne aussi majestueuse que le Djurdjura, aussi imposante que les Aurès s’effondrer ? De votre passage en Algérie, vous n’y avez rien compris, en tant que mauvais élève de l’histoire, et colon retardataire dans le sillage de Bugeaud conquérant ; mais l’histoire était déjà passée, drainant au passage les retardataires, Ben M’hidi ayant effacé Bugeaud et l’aube était déjà née. Pour comprendre, pour pénétrer les secrets d’un peuple et sa culture, il faut aimer, ce qu’avait fait l’angélique Karen Rose. Mais ce n’était point dans vos cordes, parce que vous, vous êtes satanique, et en guise de cœur, vous n’avez qu’une pompe mécanique qui pulse le venin de la haine, que vous déversez à travers votre plume vipérine, dans les journaux de la médisance.

Alors que j’étais votre hôte à la résidence d’El-Biar, vous m’aviez fait visiter avec ferveur, tout jubilant et frémissant, la chambre dans laquelle le général De Gaulle avait passé une certaine nuit en juin 1958 ; j’ai tout de suite décelé votre penchant colonial, que m’ont étayé votre faciès à la Bourvil, vos louvoiement et inquisition, et il ne vous manquait que le chapeau colonial ; vous vous entêtiez à vouloir connaitre l’Algérie à travers des coupures de journaux loin du peuple et par la fréquentation d’une oligarchie et les tenants d’un régime vacillant. Mais l’Algérie profonde était autre : c’était les millions d’écoliers sur les bancs d’école qui pétaradaient chaque mouloud, les millions de mères prêtes au sacrifice, les paysans aux mains rugueuses, les vaillants soldats qui veillaient, les champs de blé qui murissaient, les rameaux d’oliviers qui fleurissaient, les vergers d’oranges et les oasis, les vignobles, les figues mauves et celles de Barbarie ; c’était Hassiba et Ourida réincarnées et au souvenir toujours vivace, c’était l’histoire séculaire, l’espoir, l’aurore qui commençait à poindre, une foi et un idéal noble que vous ignorez.

Barbouze et de diplomatie point, vous n’étiez nullement là pour sceller l’amitié entre deux peuples, mais plutôt pour perpétuer la traitrise de Potin, dépêché par Napoléon pour trouver des failles et des brèches aux fins d’envahissement. Vous avez cru les trouver, et vous vous êtes mi à crier à l’effondrement ; non votre excellence, l’Algérie ne s’effondrera jamais, soutenue qu’elle est à bras le corps par ses enfants, ancrée dans ses immenses montagnes, avec son histoire aux racines plongeant dans la nuit des temps depuis les Numides, les Gétules et les Garamantes; quant à la France, et même si des lézardes sont apparues sur le vieux continent, elle ne s’effondrera pas, amarrée qu’elle est à l’Algérie ; la tour Eiffel, les alpes et les Pyrénées non plus ; mais pas la France de 1830, plutôt celle universelle de la Saint Brumaire ; celle de Hugo, pas celle de Xavier Driencourt; celle de Coluche, pas celle de Marine ; celle de Zidane, pas celle de Le Graёt ;

Au cas où vous méconnaitriez la géographie, sachez que l’Algérie est l’un des pays les plus riches au monde par ses réserves naturelles minières et d’énergie fossile, son immense nappe phréatique de l’albien, son soleil ardent, son agriculture, son territoire continental et ses cotes allongées, sa jeunesse, sa culture et sa foi, et qu’elle oeuvre pour le bien de toute l’humanité ; et vous ne seriez rien à coté des vandales, des romains, des goths et de vos prédécesseurs colons que nous avons affrontés et repoussés, ni à coté des affres et des maux que nous avons endurés des siècles durant; rien qu’une vipère anodine, comme nous en avons par milliers dans notre Sahara ; certainement plus mortelles que vous, et plus perfides.

Que le salut soit sur notre prophète Mohamed, qu’Allah guide en ces temps d’égarement, les hommes et les femmes de toute la terre sans distinction, qu’il leur prodigue sa clémence, et qu’il enveloppe de sa protection l’Algérie, terre bénie des martyrs.

Abdennacer GUETTAF

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