Chute des investissements pétroliers mondiaux : L’Afrique doit prendre son destin en main

Les investissements pétroliers chutent, leur retour à la normale baigne dans un océan d’incertitudes. Les experts avertissent : la production pétrolière pourrait atteindre un plateau avant 2030. Pendant ce temps, l’Afrique se tient le ventre. L’Association des producteurs de pétrole africains (APPO), après avoir constaté une baisse des investissements étrangers, vient d’appeler ses pays membres, l’Algérie faisant partie, à l’élaboration d’une stratégie commune de financement dans la technologie et l’infrastructure d’énergie
«Le temps est venu pour nous d’élaborer une stratégie afin de tirer le meilleur profit possible de nos ressources. Mais nous ne pouvons pas le faire en tant que pays individuels. En tant que pays individuels, nous n’avons pas les moyens financiers nécessaires. Nous n’avons pas la technologie. L’infrastructure est presque inexistante», affirme le Dr Farouk Ibrahim, secrétaire général de l’APPO. À bien analyser de tels propos, une question se pose : la situation est-elle irrécupérable ? Le Continent n’en est pas encore à ce stade. Un effort commun s’impose. «Si nous mettons nos ressources en commun, nous pouvons surmonter les difficultés. Même les pays encore plus développés ont jugé nécessaire de collaborer pour atteindre des objectifs économiques», ajoute M. Ibrahim.
Composé de 18 pays membres, l’APPO vient d’approuver à l’issue de sa 39e session ordinaire tenue jeudi à Niamey (Niger), l’accord de recapitalisation de la société africaine d’investissement en énergie (AEICORP), une institution financière créée par l’organisation afin de mobiliser des fonds pour le développement du secteur énergétique africain.

Dix milliards de dollars de perte d’investissements pétroliers

A ce sujet, Rim Berahab, économiste marocaine et analyste des questions énergétiques, dira qu’outre les conséquences budgétaires et monétaires, des reports de projets pétroliers risquent d’enliser l’Afrique dans une crise sans précédent. «Les économies africaines exportatrices des combustibles risquent de déplorer une perte d’investissement dans des projets pétroliers allant jusqu’à 10 milliards de dollars, d’après une analyse de Wood Mackenzie, avec de nombreux projets-clés dépendant d’un prix du pétrole brut au seuil de rentabilité de plus de 45 dollars par baril», explique l’économiste.
Aussi le groupe de recherche Rystad Energy estime que les délais pour les décisions d’investissement pré-finales des projets en Afrique pourraient entraîner une baisse de 200.000 barils par jour (bpj) de la production de pétrole entre 2021 et 2025. À plus long terme, les reports de projets pourraient entraîner une baisse moyenne de la production de pétrole d’environ 1,2 million de bpj sur le continent entre 2026 et 2030. Menacé, certes, le Continent africain, avec une stratégie étudiée pourrait jouer de meilleurs rôles dans le nouveau paradigme énergétique mondial, pétrolier notamment.
En 2019, les pays africains producteurs de pétrole cumulaient une production totale de près de 10 millions de barils par jour et l’ensemble du continent dispose d’un potentiel éminemment abondant. «Si l’Afrique devait se considérer comme un seul producteur, il est clair que dans les années à venir, le contient pourrait défier les puissances pétrolières actuelles et devenir un acteur incontournable de la scène pétrolière internationale», dixit Mahaman Laouan Gaya, ex-SG de l’APPO.
Aussi, affirmait-il, «la présence africaine pourrait consolider la politique et la position de l’OPEP sur l’échiquier pétrolier mondial. Une plus grande présence des pays africains au sein du cartel pourrait, demain, mieux qu’aujourd’hui, influencer favorablement le prix du baril de pétrole». Rappelons qu’en avril dernier, l’APPO s’est engagée «dans un esprit de coopération et de partage des charges», à soutenir les efforts de l’OPEP+ pour stabiliser le marché mondial de l’or noir, portant une réduction massive de la production sur une période de deux ans à partir du 1er mai dernier.

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